"«Papa Césaire» est parti"

ARTICLE PUBLIE LE 17 AVRIL SUR PARISMATCH.COM

"Le poète martiniquais Aimé Césaire, 94 ans, a tiré sa révérence ce matin au CHU de Fort-de-France (Martinique), où il était hospitalisé depuis le 9 avril. ParisMatch.com retrace la vie d'un homme de combats.

par Antoine Bayle
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À la Martinique, on l'appelait «Papa Césaire». Deux mots empreints de gratitude et de respect à l'égard de cette figure mythique du mouvement anticolonialiste. Une référence à celui qui fut comme un père pour les habitants de «l'île aux fleurs». Élu maire en 1945 de Fort-de-France, Aimé Césaire avait présidé son dernier conseil municipal le 6 mars 2001. Retiré depuis de la vie politique, l'homme avait confié à la vice-présidente du Comité pour la mémoire de l'esclavage, Françoise Vergès, avoir «tout dit». La parole d'Aimé Césaire n'est pourtant pas prête de s'éteindre.


L'ASSIMILATION C'EST L'ALIENATION
Né le 26 juin 1913 à Basse-Pointe en Martinique, au temps des colonies, Aimé Césaire était issu d'une famille de six frères et s½urs. Après un passage au lycée Schoelcher à Fort-de-France, il traverse l'Atlantique en 1931 et commence une nouvelle vie à Paris. De cette période, Aimé Césaire racontera sa première rencontre avec Léopold Sédar Senghor. Dans le prestigieux lycée parisien de Louis-le-Grand, le jeune Césaire s'inscrit en hypokhâgne. Il croise alors l'élève Senghor, 25 ans. «D'où viens-tu? Comment t'appelles-tu?» demande Senghor. «Aimé Césaire, de Martinique» rétorque le nouvel arrivant. «Moi, Léopold Sédar Senghor, je suis sénégalais et je suis en khâgne.» Et dans une accolade Senghor dit alors à Césaire : «Bizuth, tu seras mon bizuth.» Cette rencontre fraternelle sera un prélude au mouvement de la Négritude. Léopold Sédar Senghor deviendra en 1960 le premier président du Sénégal indépendant.
Très vite, Aimé Césaire fonde avec d'autres étudiants antillo-guyanais et africains, parmi lesquels le poète guyanais Léon Gontran Damas et Léopold Sédar Senghor, «L'Etudiant noir». La genèse de la Négritude s'inscrit entre les pages de cette revue. L'étudiant Aimé Césaire entend avec ce concept lutter contre le système colonial français. Dans un livre-entretien avec Françoise Vergès, publié en 2005 et intitulé «Nègre je suis, nègre je resterai» (éd. Albin Michel), le poète rappelait cette idéologie qu'il a toujours combattu et qui traversa la France coloniale: «L'assimilation pour moi, c'était l'aliénation, la chose la plus grave.» Face cette forme d'acculturation qui consiste à faire adopter aux colonisés les valeurs du pays colonisateur en annihilant leur propre culture, la Négritude se voulait un retour la terre nourricière, l'Afrique.

GOOD BYE PCF
Alors que la France essuie en 1934 les conséquences de la grande dépression américaine, la crise politique gronde sur les pavés parisiens. Le paroxysme est atteint à Paris le 6 février lors des manifestations anti-parlementaires, organisées notamment par les ligues d'extrême droite. Dans ce contexte chaotique, Aimé Césaire entre à l'Ecole normale supérieure de la rue d'Ulm. En 1936, ses vacances aux Antilles sonnent comme une révélation. Le jeune homme ne voit plus sa Martinique natale sous la même lumière. Il lance alors toute sa verve poétique dans le célèbre «Cahier d'un retour au pays natal» (éd. Présence africaine). Son baptême littéraire sera publié une première fois en France en 1939. Imprégné par le surréalisme, le poème aura même droit à une préface du fondateur du mouvement, André Breton, qui intitulera son texte «Un grand poète noir». En 1950, Aimé Césaire publie un autre texte fondamental: dans un pamphlet acerbe intitulé «Discours sur le colonialisme» (éd. Présence africaine), il décrit la colonisation comme le fruit d'une «civilisation de la barbarie», et exhorte les empires européens à en finir avec cette «domination».
«Prolétaires de tous les pays, unissez-vous!» Si le cri de ralliement de Karl Marx et Friedrich Engels soude une grande partie des mouvements de décolonisation autour de la planète, la lune de miel avec le Parti communiste français se termine pour Aimé Césaire. En 1956, après la répression sanglante de la révolution hongroise par l'URSS, il quitte avec fracas le PCF.

LA REVOLUTION DE L'EAU
Dorénavant, le poète noir souhaite «changer la vie» des Martiniquais. Élu maire de Fort-de-France en 1945 puis député, son acte fondateur en politique restera la départementalisation de la Martinique. Aimé Césaire sera d'ailleurs le rapporteur du projet de loi qui concerne également la Guadeloupe, la Guyane et la Réunion. Certains Mais, prudent, Aimé Césaire milite d'abord pour une autonomie et une égalité des droits avec la métropole.
À Fort-de-France, l'urgence se trouve d'abord sous les pieds des Martiniquais. En 1945, la «ville-capitale» demeure sans eau potable, sans égouts et les épidémies de typhoïde y sont légion. Aimé Césaire lancera alors le chantier de l'assainissement pour améliorer des conditions sanitaires désastreuses.
Si «Papa Césaire» a quitté la vie politique en 2001, il n'a jamais cessé d'espérer pour ses «enfants». Dans «Nègre je suis, nègre je resterai», lucide, il déclarait : «Les Martiniquais doivent produire quelque chose ; la Martinique ne doit pas seulement être vouée à l'assistance. Voilà ce qui me paraît important.»

NOUS SOMMES A JAMAIS FILS D'AIME CESAIRE
Son dernier combat, Aimé Césaire l'aura mené en 2005 contre la loi qui prévoyait d'inclure la notion de «colonisation positive» dans les manuels scolaires. Le chantre de la Négritude avait à l'époque refusé d'accueillir dans son fief Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur. Un dernier refus pour rester disait-il fidèle à sa «doctrine anticolonialiste». Le projet de loi sera finalement retiré, et Aimé Césaire rencontrera Nicolas Sarkozy pendant la campagne présidentielle de 2007, tout en soutenant activement Ségolène Royal.
«Nous sommes à jamais fils d'Aimé Césaire». Par ces mots, les trois écrivains antillais Jean Bernabé, Patrick Chamoiseau (Prix Goncourt en 1992) et Raphaël Confiant immortalisaient voilà presque 20 ans, dans un livre commun intitulé «Eloge de la créolité», leur attachement au pionnier Césaire. L'hommage du triptyque créole retentit aujourd'hui. De Fort-de-France à Point-à-Pitre, en passant par Paris et Dakar.
Poète, homme politique ou pamphlétaire, Aimé Césaire chercha toute son existence à répondre à la question primordiale : «Qui suis-je ?». Une ½uvre et une quête qui, à l'heure d'une mondialisation mal maîtrisée, ne manqueront pas d'interpeller les citoyens de tout horizon"
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# Gepost op vrijdag 25 april 2008, 18u05

RECHAUFFEMENT CLIMATIQUE : Machines désirantes contre Nature-I- Décembre 2006 (Nt1bel)

RECHAUFFEMENT CLIMATIQUE : Machines désirantes contre Nature-I- Décembre 2006 (Nt1bel)
Souvenons-nous qu'il n'y a pas de solution miracle à la menace d'un réchauffement climatique, mais une combinaison de ressources parmi lesquelles l'énergie éolienne, les centrales thermiques solaires, les cellules photovoltaïques, le nucléaire, l'énergie géothermique, la dé-carbonisation des transports (éthanol, hydrogène, Phytorestauration, véhicules hybrides...).


DU PRINCIPE D'INERTIE EN INTRODUCTION
« Chaque progrès donne un nouvel espoir, suspendu à la solution d'une nouvelle difficulté. Le dossier n'est jamais clos »
Claude Lévi-Strauss

Bienvenue sous la thermosphère où l'équilibre est en péril. Gaïa flambe et les annonces se multiplient. Le Réseau Action Climat propose 10 mesures à l'attention de mesdames et messieurs les présidentiables 2007. Un minimum qui devient un luxe à l'écoute des timides mesures proposées par le Premier Ministre français, Dominique de Villepin, le 13 novembre dernier. Outre-Manche, l'horizon climatique s'élargit pour englober le genre humain : Ten years to save the planet from mankind selon la journaliste de l'hebdomadaire britannique The Observer, Gaby Hinsliff . Dix ans et 5 mesures d'urgence : zones de « non vols » aériens, biocarburants... Le gouvernement anglais tenait à marquer quant à lui sa mobilisation vis-à-vis du Global Warming en publiant, fin octobre, le Stern Report. Un document officiel de 600 pages qui évalue, à hauteur de 5 % à 20 %, la baisse du PIB mondial si une politique d'indolence persistait face au réchauffement climatique. Une perspective qui pourrait coûter 5 500 milliards d'euros . Par ses travaux, la classe politique britannique refuse la propagande américaine au sujet d'un péril économique lié aux mesures anti-pollution. Inversion axiologique ! Il y a bien péril économique selon le rapport Stern, mais il est frappé du sceau de l'inaction.

Nous le voyons, plus une nation a le sens du mythe moderne (comme outil de propagande ; j'espère que les précédents articles vous auront fait sentir la différence entre mythes antiques et fables modernes), et plus ses choix seront suivis par le plus grand nombre. L'idéologie américaine est encore au c½ur du sujet, l'Europe elle n'est pas en reste. Les Etats-Unis d'Amérique représentent 30% des émissions de CO2. Par une propagande massive et globale, Think Tanks avisés et autres lobbies font du réchauffement climatique une fantaisie, affublent le péril économique d'une réalité intangible. Al Gore, ancien vice-président des Etats-Unis, emploie d'ailleurs le mot mythe pour dénoncer la propagande faite autour du spectre du déclin. A l'inverse, Philip Stott, professeur émérite de biogéographie à l'Université de Londres (co-auteur de Ecologie politique : la Science, le Mythe et le Pouvoir) parle de « mythe nécessaire » pour dénoncer l'idée de réchauffement climatique en Europe. Voyez donc à quel point les armes sont les mêmes.

Terra Mater aurait un jour ou l'autre traversé l'un de ces portails magiques climatiques (magic gate). Mutatis mutandi. Mais c'est bien l'ère de l'Opulence, du zoo humain, la surexposition de l'Eros qui épuisent nos ressources, empêchant ainsi les habitants des principaux pays pollueurs d'entendre le mot rareté. La géopolitique est pourtant fille du Dieu Rare : pétrole, eau, gaz, tout se paye comptant.

Le principe d'inertie est notre devenir :
Le repos n'est qu'un mouvement partagé
Parce que entre corps qui partagent le même mouvement rien ne change

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# Gepost op vrijdag 15 december 2006, 20u48

Gewijzigd op zaterdag 30 december 2006, 04u59

FRISSONS SUR LA TOILE...

Des bobines qui tournent toujours. Mais plus encore, ces compères, ces amis, ces frères et amours avec qui j'ai partagé ces séances et à qui je pense. Merci à Vince, Max, Jacques, Gé, Momo, Nico. Merci à toi Gaby. Et en prime, le grand final des EVADES en vidéo.. "Dépêche-toi de vivre ou dépêche-toi de mourir"...

1983 : Le Roi et l'Oiseau (revu au cinéma le 22 Octobre 2003) /

1985 : Fantasia /

1986 : E.T l'extraterrestre /

1988 : Rain Man /

1987 : Les 3 jours du Condor /

1989 : Rencontre du 3ème Type / Le Baron de Munchausen /

1990 : Le Grand Bleu / Abyss / Batman / La Gloire de mon Père (sept) / Le Vieux Fusil /

1991 : Le Cercle des poètes disparus / Danse avec les Loups /

1992 : Au revoir les Enfants / L'Homme qui voulait être Roi / A la Poursuite d'Octobre Rouge / Misery /

1993 : Boyz'n'the Hood / La Liste de Schindler / Dracula (avril) / À propos d'Henry / Le Cobaye /

1994 : Ca (téléfilm) / Philadelphia (mars) / Menace II Society (Mai) / Brain Dead (juin) / L'année du Dragon / La Haine / Le Grand Saut / Forrest Gump (09.10) / Entretien avec un Vampire (22.12)

1995 : New Jack City / L'Étrange Noel de Monsieur Jack (15.01) / Les Evades (The Shawshank Redemption) (12.03) / Le Dictateur (sept) /

1996 : Les Hommes du président (janv) / Seven (07.02) / 2 garçons 1 fille 3 possibilités (mai) / Orange Mécanique /

1997 : Le 5e Élément (21.05) /

1998 : Titanic (10.01) / L'Associé du Diable (01.03) / Good Will Hunting (15.03) /.Dark City (22.05) / Wishmaster (11.07) / La Vie est Belle (25.10) / Truman Show (28.10) / Au delà de nos Rêves (04.12) /

1999 : American History X (13.03) / L'appartement (avril) / Matrix (23.06) /

2000 : Apocalypse Now (mai) / Là-bas mon pays (15.05) / Le Sixième Sens (déc)

2001 : Le Cercle (Jafar Panahi) (17.02) / Harrisson's Flowers (15.02) / Intimité (28.03) / Loin (André Téchiné) (01/09) / Kedma (22.05) /

2002 : Le Voyage de Chihiro (19.04) / L'Auberge espagnole (24.06) / A Plus Pollux (22.07) /

2003 : Citizen Khane (janv) / Monsieur Hulot / Pi / Vanilla Sky (fév) / Respiro (26.02) / Antwone Fisher (21.04) / 28 Days Later (02.06) / Dogville (16.06) / Vivre me tue (29.06) /

2004 : 21 Grams (21.01) / Une vie à t'attendre (20.03) / L'Effet Papillon (12.04) / Printemps, Été, Automne, Hiver... et Printemps (Ki-Duk) (15.04) / Viva Laldjerie (16.04) / Troy (18.05) / The Day after Tomorrow (26.05) / Clara et moi (Antoine) (01.07) / Eternal Sunshine of the Spotless Mind (16.10) /

2005 : Closer (Last movie at Toulouse with Max) (24.01) / Angels In America (Janv) / Neverland (26.02) / Ray (27.02) / De Battre mon c½ur s'est arrêté (25.03) / Otage (30.04) / Ma Vie en l'air (Arkana le 11.09) / Collision (14.09) / Manderlay (09.11) /

2006 : Le Nouveau Monde (22.02) / Silent Hill (28.04) / Miami Vice (18.08) / 2001 Maniacs / Je Vais bien, ne t'en fais pas (17.09) / Indigènes (17.09) / Dans Paris (5.10) / ShortBus (28.11) / Paprika (15.12) /

2007 : CashBack (18.01) / La vie des autres (30.03)

Sans oublier les Bandes originales d'une existence et ces compositeurs bienveillants :
Thomas Newman, Alan Silvestri, Alexandre Desplat, Danny Elfman, Eric Serra, Georges Delerue, Gustavo Santaolalla, Hajime Mizoguchi, Hans Zimmer, Howard Shore, James Horner, James Newton Howard, Joe Hisaishi, Jerry Goldsmith, Kenji Kawai, Michael Andrews, Philip Glass, Woljciech KILAR...

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# Gepost op zondag 08 oktober 2006, 10u18

Gewijzigd op vrijdag 01 juni 2007, 14u54

Les Passions du Mythe : Virus Mythologiquement Transmissibles (VMT®) -I-

Les Passions du Mythe : Virus Mythologiquement Transmissibles (VMT®) -I-
Les mythes archaïques et antiques semblent abolis. Leur rôle de guérisseurs, les vertus de l'Eternel Retour, envolés. À l'image de Tolkien, nous créons nos mythes modernes pour asseoir des généalogies nationales. Le « Nationalisme intégral » vit sous nos yeux un essor faramineux, aidé dans sa quête par la mimésis qui consiste parfois à faire comme si, sans même une once de connaissance. On ne parle plus, finies les structures verbales. Place au silence et aux passions tristement politiques. Place au spectacle mythique.
Mesdames, messieurs, entrez donc ! Les déchetteries à ciel ouvert, nos médias, notre Hollywood, notre Amérique, notre ésotérisme, vous souhaite la bienvenue. Pornorama, divination du réel et réalité fantasmée vous attendent entre ses lignes et leurs courbes girondes.
Les « Virus Mythologiquement Transmissibles » symbolisent la mort de la pensée. Barrès, Maurras, Kémi Séba, Ibn al-Wahhab, de Villiers, Le Pen, Louis Farrakhan se tapissent dans ces paragraphes. Les mythes vous ont eus !

Doucement, douce mort à volonté.


LA CONDITION HUMAINE PERDUE

Impossible d'évoquer les mythes sans en apporter une première définition littérale. Voici ce que l'on peut lire dans Le Petit Robert : « Récit fabuleux, transmis par la tradition, qui met en scène des êtres incarnant sous une forme symbolique des forces de la nature, des aspects de la condition humaine. » Le mythe est un récit sacré qui narre l'Origine du Cosmos, le Chaos originel et la rencontre entre les quatre éléments que nous connaissons : l'Air, la Terre, l'Eau et le Feu.
Si nous décidons à présent d'aller au-delà le philosophe allemand Hans Blumenberg écrivait en 2001 dans La raison du mythe : « Le mythe intervient lorsqu'un rite, une cérémonie ou une règle sociale ou morale demandent une justification, une garantie d'antiquité, de réalité, de sainteté. » Le XXe siècle ainsi que le XXIe entretiennent une ambiguïté redoutable. Alors que les sociétés dites archaïques savaient distinguer mythe, fable et fantaisie, nous sommes aujourd'hui incapables d'en faire autant. Illusions ? Histoires vraies ? Mircea Eliade affirmait que connaître les mythes, c'est apprendre le secret de l'origine des choses. Depuis Julien Benda et La trahison des clercs, nous savons qu'au spirituel, les gardiens de nos temples ont préféré le réel et la pratique. Le nationalisme plutôt que l'Universel. Les frontières au détriment du Cosmos. En 2006, globalisation rime souvent avec oubli du sens. Nos fantaisies apportent une justification à la consommation sans aucune compréhension. Les Temps Primordiaux sont oubliés.
Par exemple, chez les Osages, une tribu nord-américaine, dès sa naissance, le nouveau né voit se voit compter l'origine de l'Univers, le mythe cosmogonique. Puis, alors qu'il est en âge de manger autre chose que des aliments pilés, le jeune garçon écoute les mythes, apprend d'où viennent ces céréales qui le nourrissent. Il n'est pas question ici de sornettes publicitaires au sujet d'un chien hystérique prêt à vendre sa mère pour un grain, d'un petit garçon avare et d'un champ de céréales chocolaté.

La quête du sens abolie, les phratries s'égorgent dans un joyeux fatras. Le Choc des Civilisations annoncé entre Islam et Judéo-christianisme participe d'une loi universelle de bipartition, voire de tripartition. Or pour comprendre que malgré des totems différents nous sommes liés, il faut savoir pourquoi Saint Paul, dans son Epître aux Romains s'en prend aussi radicalement aux Juifs et aux Grecs. Et pourquoi le Saint Coran, tout en reconnaissant les précédents prophètes, se démarque des Juifs et des Chrétiens qui ne voulurent pas voir en Muhammad le dernier des prophètes. La Condition humaine passe par le bûcher des vaniteux. La fin du roman d'André Malraux ne pourra plus contenir cette pensée : « Tous souffrent (...) et chacun souffre parce qu'il pense ». Nous ne souffrons plus dorénavant ! Nous purifions notre sang aux frontières.

« En vérité, Allah ne modifie point l'état d'un peuple, tant que les individus qui le composent ne modifient pas ce qui est en eux-mêmes. » Le Saint Coran, Sourate 13 (Le tonnerre), Verset 11


SI TU VEUX LA PAIX, PREPARE TES MYTHES

L'aspect des mythes qui ostracisent aujourd'hui l'Occident, soit par ce fantasme européen d'une Asie comme espoir eschatologique d'une renovatio universelle, soit par le rejet de l'Afrique est clairement un ethnocentrisme. Certains enfants de l'Action française, les nostalgiques du IIIe Reich voient en l'Inde le berceau de la Synarchie, cette fumeuse théorie des Rois du Monde décryptée par René Guénon. Fascination pour les castes, croisades contre l'individualisme, transcendance par la Nation ethnique. Autant de thèmes qui dépassent de loin les frontières de l'Inde mythique pour aller diviser la Côte-d'Ivoire, le Guatemala, Le Libéria, la douce France ou le Soudan.

Les civilisations sont la résultante de siècles de guerres, de commerce et de transmigrations. Des bords de la Méditerranée jusqu'aux confins de l'Asie, à ces civilisations indo-européennes qui de Mithra à Mars ont fondé Rome et à cette civilisation nègre soudano-égyptienne, Cheikh Anta Diop (1923-1986), René Guénon (1886-1951), Lucien Lévy-Bruhl (1857-1939), Bronislaw Kaspar Malinowski (1884-1942) ou Georges Dumézil (1898-1986) leur ont consacré des vies entières. Fernand Braudel (1902-1985) regroupait ces imbrications sous le patronyme de Télé-histoires. L'Occident, comme toute civilisation, se nourrit de « mondes en apparence défunts et qui cependant vivent toujours ». Et cette continuité historique et fondatrice a connu son ciment. L'impérialisme romain et la Pax romana représentent sinon l'essence de l'Occident, son principal promoteur aux côtés du christianisme. Empereurs et rois firent des mythes et de la religion un véritable instrument pour asseoir leur soif d'irrédentisme.
Ferdinand II d'Aragon, roi d'Aragon en 1479 et qui participa à faire de 1492 l'Année cruciale, mit fin à la dynastie arabe de Grenade en Andalousie. Il fut à l'origine du décret d'Alhambra qui expulsa les Juifs d'Espagne. Ferdinand et son épouse Isabelle feignaient l'indignation religieuse pour pouvoir massacrer au nom du Christ. Car ainsi que nous l'a enseigné l'oncle Machiavel, le Prince doit toujours penser à la guerre, surtout en temps de paix ! Aujourd'hui, ce serait plutôt : Si tu veux la paix, prépare tes mythes.


PAS DE CIVILISATION AU CARBONE 14

Le schisme dont il est question au sein du christianisme ne situe pas entre le catholicisme et le protestantisme, mais entre l'esprit des Hellènes et celui de l'Eglise chrétienne apostolique et romaine, entre l'Occident et l'Afrique qui pour beaucoup ne serait née qu'au IIIe siècle après J.C avec l'Empire de Ghana. Ainsi, les mythes modernes ne fondent plus la culture et sont devenus des abjections au service de nos autarcies culturelles. Selon Hans Blumenberg, « l'oubli des "anciennes significations" est la technique même de la constitution des mythes ». Soit. Mais à oublier certains mythes, nous restons à la merci de ceux qui inventent nos passés, qui exposent leur colonialisme magnifié et leur fardeau blanc.
Voici l'exemple d'une légende devenue religion. Alors que le palais de Latran (offert au IVe siècle après J.C par l'Empereur Constantin à l'Evêque de Rome) devenait le centre de la chrétienté, les oeuvres de Platon furent interdites. Les Gnostiques devinrent des hérétiques. Leur Jésus était le « Roi des Juifs », cet opposant farouche au joug romain. Saül de Tarse (Saint-Paul) le transforma en fils de Dieu. Il puisa pour cela dans sa religion maternelle, le Judaïsme, ainsi que dans le culte perse de Mithra et les traditions païennes les grands thèmes qui devinrent depuis des dogmes immuables de l'Eglise chrétienne.

Au bout du compte, il nous importe peu que tout cela soit prouvé ou non. La Bible n'est pas un document d'Histoire, mais une fondation, Une histoire. On ne fonde pas une civilisation au carbone 14. L'égyptologue Cheikh Anta Diop le savait mieux que personne. L'éminent scientifique sénégalais écrit ainsi dans Nations Nègres et Culture :
« La culture nègre a été évincée du Bassin septentrional de la Méditerranée dans ses formes les plus étrangères aux conceptions eurasiatiques ; elle ne survivra, chez les jeunes peuples auxquels elle a ainsi permis d'accéder à la civilisation, que sous forme de substratum, si vivace néanmoins, qu'il nous permet aujourd'hui d'en déterminer l'étendue.» La culture ne peut rester figée dans un sarcophage, prise uniquement en tenaille par des dogmes immuables. L'Afro-centrisme est une étape à dépasser, l'euro-centrisme également.
Une vie un combat. L'immense historien burkinabé Joseph Ki-Zerbo accompagne depuis des décennies une approche complémentaire à celle de Diop. Il a ainsi développé le concept de développement endogène. Contre le repli ethnique et identitaire, ce concept doit permettre peu ou prou à l'Afrique d'exporter ses cultures, ses identités et pas uniquement à l'ombre du Quai Branly ou creux de nos inconscients collectifs raciaux. Or nous savons que les mythes se nichent dans notre imaginaire.

Le nettoyage intellectuel du catholicisme invoqué par la philosophe Simone Weil et soutenu par Gustave Thibon aurait pu participer à l'essor d'une Europe libérée de sa mauvaise conscience. L'échec est patent. L'idée de rappeler aux Européens, au détour de la Constitution à venir, le rôle du christianisme dans « l'héritage religieux et spirituel », met en évidence une incapacité à toucher la jeunesse, seule détentrice du renouvellement des mythologies. L'Europe a besoin de nouveaux mythes, d'autres idéaux.


LA PASSION DE ROUGEMONT

Denis de Rougemont écrivait dans L'amour et l'occident (1939) :
« Et c'est l'Éros, l'amour-passion, l'amour-païen, qui a répandu dans notre monde occidental le poison de l'ascèse idéal - tout ce qu'un Nietzsche injustement reproche au christianisme. C'est l'Éros, et non pas l'Agapé, qui a glorifié notre instinct de mort, et qui a voulu l'idéaliser. Mais Agapé se venge d'Éros en le sauvant. Car Agapé ne sait pas détruire et ne veut pas détruire ce qui détruit. » Une opposition digne du combat mythique instauré par Plutarque et qui oppose les mythes grecs Dionysos et Apollon.
La figure que représente Denis de Rougemont, co-fondateur de la fameuse revue Esprit en 1932, est emblématique. « Situer au centre de l'homme le centre de la société » était son credo, et la construction d'une Europe fédéraliste, une « Europe des régions » son combat et son devenir.

Jean-Louis Loubet Del Bayle nomma cette grande famille de clercs à laquelle de Rougemont appartenait « Les Non-conformistes des années 30 ». Cette révolte de la jeunesse bourgeoise française n'est emmenée à ses débuts que par des « minoritaires à l'intérieur d'une société vieillie ». L'Ordre nouveau, le personnalisme, autant de concepts qui ont pour ambition de redonner à l'individu son centre de gravité. Pour de Rougemont, « corps et âme sont un seul et même être ». L'écrivain suisse plaçait la foi chrétienne au centre de ce renouveau. Il y ajouta quelques influences (Bakounine ou Proudhon) qui lui confèrent rétrospectivement ce qualificatif de non-conformiste.
L'époque se prête à de tels soubresauts et aux espoirs nés dans l'horreur des tranchées de 14-18. Les années 20 et 30 sont une période de transition et de destructions créatrices. Mais c'est véritablement au sortir de la Seconde Guerre Mondiale que Denis de Rougemont rejettera le mythe fondateur de l'Etat-Nation. En 1968, dans Vers une fédération des régions, il écrira que si « l'on veut unir l'Europe, il faut partir d'autre chose que de ses facteurs de division ». Socrate plutôt que Machiavel. De Rougemont aurait pu trahir les valeurs exposées par Julien Benda pour s'enliser dans les passions politiques. À l'orée de sa mort, il pencha néanmoins pour la naissance d'un mythe unitaire qui aujourd'hui peine à éclore : l'Europe. Un développement endogène en somme...


LE PLAISIR INSTANTANE EN PORNORAMA

Platon utilisait le mythe comme une mise en scène allégorique censée transmettre de manière concrète ses rêves de probité; une initiation mythologique collective aux antipodes de L'Iliade. Le fondateur de l'Académie condamnait l'aède Homère pour ses récits trop fantaisistes et si peu respectueux des divinités. Allons bon ! Voici un Zeus aux moeurs dissolues qui se sert de sa célébrité pour aller culbuter des petites mortelles (les joueurs du PSG connaissent ça). Inacceptable pour Platon ! Rien d'étonnant lorsqu'on peut lire dans Philèbe : « Le plaisir est le mensonge personnifié. Et on a coutume de dire que, dans les grâces de l'amour - la plus éminente de toutes les voluptés - les dieux sont infiniment enclins à l'indulgence, les plaisirs étant considérés comme des enfants écervelés. »

Cette répression ancestrale de la notion de plaisir fera des émules quelques siècles plus tard chez les concepteurs du christianisme. La célèbre chute de l'essai de Julien Benda trouve ici son pendant. « Et l'histoire sourira de penser que Socrate et Jésus-Christ sont morts pour cette espèce » [une humanité soucieuse de son environnement mais au centre de gravité résolument placé au-delà des passions politiques et historiques]. L'Histoire sourit peut-être de penser que Socrate et le Christ sont morts pour ce même principe de tempérance face au plaisir comme au désir. Maurice Barrès avait bien en tête cette parenté grecque, mais il la rejetait avec vigueur. Dans son Voyage de Sparte, il écrit : « Entre le Parthénon et nous, il y a dix-neuf siècles de christianisme. J'ai dans le sang un idéal différent et même ennemi. Bien que je reconnaisse l'interprétation hellénique de la vie comme très haute et d'immense portée, elle m'est étrangère et sans résonnance. »

Tout pour le plaisir ! Dans cette grande généalogie de la morale occidentale, « impies » et croyants s'enthousiasment aujourd1hui pour une mythologie du néant. On se dit « athée », on porte une croix, on lit Dan Brown, tout en fondant une famille en fonction des canons monothéistes. Preuve que l'ésotérisme primaire, cette pensée quasi instinctive, nourrit le christianisme. Voici les deux faces d'un même masque. Comme Janus, la divinité romaine, nous gardons un visage tourné vers le passé et l'autre vers le futur : ces deux éternités, ces néants. L'Eros boit un verre avec l'Agapé pendant que Dionysos, devenu sobre au volant, ne reconnaît plus un Apollon ivre à la lecture de la presse quotidienne. Une certaine publicité et ce que je nomme le « Pornorama » (ou quand la pornographie ancestrale rencontre les médias planétaires et la violence de l'univers cathodique) font exulter les idéaux de plaisir immédiat et de bonheur financier. L'ensemble des outils de communication devient une fin et non plus un moyen, il sanctifie l'événement et la passion de l'instantané. Nos cinq sens disparaissent au profit d'un seul : la vue. Nous oublions le parfum d'une femme, sa nuque pour ne lorgner que sur son beep... Étrange pyramide de Maslow inversée, 8ème Merveille d'un monde où certains besoins physiologiques passent avant l'estime de soi. La génération MTV se réalise ainsi pleinement, logée dans les anfractuosités du Pornorama. Sur le net « Naughty America » assène son credo : « naughty is good, and that tasteful, sexual exploration can be fun and light-hearted ».

Virus Mythologiquement Transmissibles (VMT) : Nos passions éphémères transformées en guerres nationales et ethniques ; notre apathie et nos somnolences laissées au bon vouloir du cash flow.

A suivre...
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# Gepost op dinsdag 29 augustus 2006, 07u10

Les Passions du Mythe : Virus Mythologiquement Transmissibles (VMT®) -II-

Les Passions du Mythe : Virus Mythologiquement Transmissibles (VMT®) -II-
THE AMERICAN WAY OF LIFE : MEET THE FAKE MYTHS

Une nation comme les Etats-Unis d'Amérique repose sur des fondations mythologiques et ceci depuis les Pères fondateurs. Passons l'invention du « Bien » et du « Mal » depuis Woodrow Wilson et ses 14 points jusqu'à G.W. Bush et la doctrine « War on Terror » (Wilson avait d'ailleurs pris exemple sur Napoléon Bonaparte qui chargeait son ministre de la police de remanier l'histoire de France à la guise de ses attentes impériales). Venons-en à Hollywood, qui depuis des décennies nous raconte de magnifiques histoires, des fables en réalité.

L'Exorciste, La Damnation, La colline a des yeux, Silent Hill, Le village des damnés, Amityville, Blair Witch Project, Fog. Nous voyageons chaque année au coeur d'une Amérique qui a remplacé le mythe, ce récit sacré, par la fable, ce récit moraliste. Toutes ces oeuvres, tantôt éphémères, tantôt éternelles, nous enseignent les sorcières de Salem, les massacres d'Indiens jusqu'aux conséquences des essais atomiques sur le sol américain. Nous sortons des salles obscures, les commentaires nous manquent, la réflexion s'est égarée au gré d'un montage violent et d'une morale indigeste. Ici réside toute la force cathartique et anesthésiante d'une partie du cinéma américain. Quel gâchis pourtant. Avec des programmes comme Les Experts (CSI), Nip/Tuck, Lost ou le sublime téléfilm Angels in America, le petit écran n'est pas en reste de réflexion dénuée de toute morale, ou presque. Gil Grissom reste une référence à mes yeux. Mais tout de même, nous passionner pour la police scientifique ou pour deux chirurgiens plasticiens, quel tour de force !

L'Amérique n'a pas besoin du concept de développement endogène. Sa culture ne fait pas que s'exporter, elle s'implante, s'enracine dans les pays où sont diffusées ces oeuvres. Hollywood ou encore la culture des Comics ainsi que le reste du rouleau compresseur culturel américain ont su tirer parti de la fable et du mythe qui « intervient lorsqu'un rite, une cérémonie ou une règle sociale ou morale demandent une justification ». Les nombreuses cultures d'Amérique du Nord se lissent au profit de la Vox Hollywood. Si le cinéma français osait le quart de ce que l'on peut décrypter dans le navrant Fog, on crierait au scandale hexagonal.

Imaginez donc la dose de mauvaise conscience qu'il faudrait pour accoucher du scénario suivant : Aux derniers souffles du XVIIIe siècle, certains colons français implantés à Port-au-Prince, des Petits Blancs comme on les appelait, massacrent des mulâtres en ce 21 novembre 1791. Lorsque tout à coup, à Nantes, en 2006, les fantômes des mulâtres mutilés et castrés envahissent la ville portuaire. Imaginez encore les fantômes des chiens bouledogues du Général Rochambeau qui, sous le règne de Napoléon Bonaparte, étaient dressés pour manger la chair des Noirs. Voici qu'aujourd'hui ces pauvres clébards réincarnés en Cerbères façonnés à l'image de leurs maîtres sanguinaires déferlent par milliers et recouvrent d1une puanteur blanchâtre l'aéroport guyanais Rochambeau avant d'atteindre Paris en quelques coups de museaux. Et le scénario inverse est possible avec, en 1805, l'Empereur autoproclamé Dessalines qui ordonne le massacre de tous les Blanc d'Haïti. Ainsi de suite.

Le cinéma européen ne peut produire ce type de films. En revanche la littérature et le théâtre nous sauvent d'un encéphalogramme apathique. Lisez Heiner Muller et sa formidable pièce La Mission (merci Judo). Avalez Nour, 1947 de l'écrivain malgache Raharimanana (merci Gégé), tout y est. L'Amérique est un colosse qui ne se nourrit que du lait de la légende ainsi que l'écrit l'indéfinissable Dany Laferrière.

God Bless You


ORIGENE AUX OUBLIETTES

Revenons donc aux mythes. Peut-on seulement nommer nos fantaisies modernes mythes ? Le mythe est un cadre, une structure close que l'on se doit pourtant de renouveler à coup d'amnésies et d'anamnèses pour en éviter la ritualisation bête et méchante. Selon Hans Blumenberg, la démythification par la science est un leurre. La science a besoin des mythes pour aborder le pourquoi et non seulement le comment. Seule la philosophie, cette entreprise de démystification, pouvait jadis lutter contre une pensée devenue immédiate et inconsistante. La religion a quant à elle besoin d'intégrer le mythe. Pour l'Eglise Primitive chrétienne, le système mis en place par l'immense Origène (185-254 ap. J.C) demeure.
Le théologien issu de l'Ecole d'Alexandrie fit la synthèse entre mythes et récits bibliques. Bien qu'impliqué dans la quête des preuves de la vie de Jésus, l'historicité de son existence, Origène considéra avant tout le sens profond du Message. Puisque la vie de Jésus n'était pas celle du christianisme et parce que la religion chrétienne n'était pas celle du Christ historique, Origène usa de l'exégèse allégorique. Cette interprétation des Ecritures distinguait trois niveaux de lecture : littéral ou historique, moral, spirituel ou allégorique. Voyez donc à quel point la quête antique d'un Origène est tellement plus riche et complexe que les systèmes de pensée colportés depuis des années par un Dan Brown ou par ses farouches opposants...Janus.

Origène serait dans l'incapacité de saisir les subtilités du combat qui oppose aujourd'hui les fanatiques de Rennes-le-Château à l'Eglise primitive et hermétique. Illustration. Le vendredi 27 avril dernier, Monseigneur Angelo Amato, secrétaire de la Congrégation pour la doctrine de la foi, appelait les fidèles à boycotter le film Da Vinci Code. Amato se permettait donc d'invoquer la raison des Chrétiens qui face à une telle fiction « devraient être plus sensibles au rejet du mensonge et de la diffamation gratuite ». Et Mgr Amato de déplorer en parallèle « l'extrême pauvreté culturelle de nombreux fidèles chrétiens », terreau selon lui du succès remporté par une telle oeuvre. Et monseigneur est dans le vrai. Mais pour une religion qui a coutume d'évangéliser en pariant sur la misère sociale, sur la précarité de ses cibles et en niant des cultures bien antérieures aux monothéismes, la remarque devient caustique. Ainsi l'Eglise rejette le débat qu'elle aurait pu aisément mener en suivant les enseignements d'un Origène. Au lieu de cela, alors même que les légendes mises au goût du jour par Dan Brown ne sont que les instruments d'une basse besogne commerciale, l'archaïsme chrétien se trouve sans voix.


LA THEORIE TRANSFORME LA REALITE QU'ELLE DECRIT

Après Qumran et Nag-Hammadi, voici venu Nymia ! Tremblons donc ensemble. Le codex de 66 feuilles de papyrus qui contient l'Evangile de Judas, découvert il y a 30 ans en Egypte, prend le relais dans les médias et « sort du purgatoire » (Libération du 7 avril 2006). Restauration du papyrus copte oblige, revoilà Rennes-le-Château et consorts. Da Vinci Code débarque simultanément au cinéma. Le 7 avril toujours, Michael Baigent et Richard Leigh, co-auteurs de Message, perdent leur combat juridique face à la sulfateuse Brown. L'éditeur du Da Vinci Code, Random House, gagne donc le procès que lui avaient intenté les deux historiens en accusant l'auteur d'avoir pillé leurs ouvrages Le Saint Sang et Le Saint Graal. Une fois de plus, la victoire d'un homme d'affaires. Le concept est clair, la déclinaison commerciale brillante et le débat avec Dany the Dog inexistant. Nous avons un mot pour cette pratique : charlatanisme. Les Evangiles apocryphes sont un choix des Pères Fondateurs de l'Eglise. Le christianisme n'est pas à un déni près. Les idolâtries autour du Gospel of Judas ne sont qu'une preuve supplémentaire de l'extrême pauvreté de nos débats médiatiques. L'essentiel restera minutieusement proscris.

À la lecture confortable de toute cette littérature ésotérique et policière, au fil des tribulations des fantaisies de George Lucas (ce géant du cinéma influencé par le mythologue Joseph Campbell, auteur de l'ouvrage Les héros sont éternels), nous avons cessé toute pensée dirigée et méthodique pour succomber aux sirènes de la pensée par ouï-dire. Nous sommes bercés par des mythes devenus fables. La peste émotionnelle digère chaque jour les efforts intellectuels de millions d'humains. Le spectacle est permanent, les jeux du cirque nous accaparent ! Seul le Héros Eternel campbellien trouve sa place dans nos bibliothèques. Pour C.G Jung, le secret du développement d'une culture réside dans la « mobilité de l'énergie psychique et son aptitude à se déplacer ». Les Etats-Unis d'Amérique continuent de se mouvoir, peu importe que la voie soit jonchée de cadavres. Le solipsisme guette parfois l'Europe. L'Unité africaine mutilée, végète. Nous arpentons nos Jardins de Lumières où se côtoient paradis artificiels et bazars mémoriels, alors que les fondations mêmes sont rongées par l'ennui, la culpabilité et le déni.
La paix perpétuelle kantienne aurait pu accoucher du rêve panafricain de Kwame N'Krumah. La sagesse d'Hampata Bâ aurait pu permettre à l'Europe de sortir de son prisme d'historicité. Au lieu de cela, les Etats-Unis d'Amérique usent leurs mythes jusqu'à la moelle et l'Union Africaine reste un concept. Quelle théorie nauséabonde, nationaliste ou attachée à une couleur de peau, à un taux de mélanine, transforma encore demain nos réalités ? Du Cachemire à la République Démocratique du Congo (4+1=0), du Kosovo en passant par la France, les illusions nationalistes se sont mutées en mythes, devenus bras armés d'un Le Pen, du redoutable Philippe de Villiers et de son poujadiste de Secrétaire général Guillaume Peltier.

Nos sirènes mythiques résonnent à l'unisson du Grand Glas. L'encéphalogramme plat retenti telle une Bombe H, explose nos vitrines, dispersant par millions ces lames que sont les Virus Mythologiquement Transmissibles et qui égorgent nos littératures, font éclater les cervelles de nos philosophes. Que La Pensée repose en paix ! Ainsi erre la globalisation, sans mémoire, décapitée, saignant à fond de cale dans l'un des bâtiments les plus effroyable : SANTA IGNORANCE. Trop attachés au culte du quotidien et à l'invention de nos fantaisies, nous favorisons chaque jour la venue de notre propre disparition en ignorant notre environnement, cette unité, notre totalité.


« LES NATIONALISMES CONTEMPORAINS REMPLACENT L'HISTOIRE PAR LE MYTHE OU PAR L'INVENTION. » -Eric Hobsbawm-

« Dans le ciel qui prend le plus de sa lumière
je fus, et vis des choses que ne sait ni ne peut
redire qui descend de là-haut ;
car en s'approchant de son désir
notre intellect va si profond
que la mémoire ne peut l'y suivre »
Divina Commedia - Paradis- Dante


Nt1bel -Juillet 2006- (Merci Gaby)

PS : Monsieur Finkielkraut, nous ne sommes pas la risée de toute l'Europe parce que beaucoup de joueurs de l'Equipe de France sont Noirs. Et puis arrêtez avec ce terme, ça ne signifie rien et on ne peut débattre. Revenez plutôt à vos invectives sur les Antillais, ces assistés selon vous. Là nous pourrons aisément vous contredire. Vos paroles sont parfois aussi étonnantes et désastreuses qu'un coup de tête de Zizou, l'éternel héros, Le Champion mythique.


BIBLIOGRAPHIE sélective :


- Michel Abitbol : « Le passé d'une discorde »
- Cheikh Anta Diop : « Nations nègres et culture »
- Julien Benda : « La trahison des clercs »
- Hans Blumenberg : « La raison du mythe »
- Fernand Braudel : « La Méditerranée »
- Roger Caillois : « L'homme et le sacré »
- Gilles Deleuze : « Nietzsche et la philosophie »
- Mircea Eliade : « Les aspects du mythe »
- Raoul Girardet : « Mythes et mythologies politiques »
- Joseph Ki-Zerbo : « A quand l'Afrique ? »
- Dany Laferrière : « Cette grenade dans la main du jeune nègre est-elle une arme ou un fruit ? »
- Gustave Le Bon : « Psychologie des foules »
- Elise Marientras : « Les Mythes fondateurs de la nation américaine »
- Louis Pauwels et Jacques Bergier : « Le matin des magiciens »



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# Gepost op dinsdag 29 augustus 2006, 06u57

Gewijzigd op dinsdag 29 augustus 2006, 07u18